14
février
2017

asclepiadeSoyer du Québec, soie d’Amérique, asclépiade, mauvaise herbe et «petit cochon», voilà plusieurs noms pour décrire une plante aux propriétés surprenantes. Cette plante bien connue des producteurs comme étant une mauvaise herbe, retrouve peu à peu, depuis près de 5 ans, ses lettres de noblesse. La Mauricie a de quoi être fière puisque c’est ici que les premiers essais au champ ont été faits. Grâce à l’avant-gardisme de M. Daniel Allard, producteur d’asclépiade et président de la Coopérative Monark, cette culture a attiré plusieurs curieux partout à travers le Québec et même dans le monde. D’ailleurs, près de 150 personnes se sont rassemblées le 20 janvier dernier pour le 1er Symposium international de la soie d’Amérique.

D’un point de vue agronomique, cette plante présente certains défis. D’entrée de jeu, le Dr Winthrop Phippen, professeur de génétique et de sélection des plantes à l’École d’agriculture de l’Université Western Illinois a présenté ses connaissances sur le sujet. Ses recherches sont principalement orientées vers les cultures émergentes et leur mise en marché potentielle dans le Midwest américain dont l’asclépiade (milkweed en anglais). Il explique que l’asclépiade est une plante résistante aux maladies, mais qu’elle est peu compétitive. Il indique que la meilleure source de graines est celle qui est la plus près de son habitat naturel. Il informe également que dans sa région, l’asclépiade prend trois ans avant d’atteindre sa production maximale et que dès la cinquième année, les rendements commencent à diminuer.

La Mauricie possède également son expertise. Agronome pour le club-conseil en agroenvironnement Lavi-Eau-Champ, Stéphanie Veilleux a partagé son expérience terrain avec cette nouvelle culture. Les constats sont similaires à ceux du Dr Phippen. À l’écoute des producteurs, Mme Veilleux a fait des essais de semis printaniers avec des semences stratifiées. Initialement, les semis d’asclépiade étaient faits en automne afin que la plante puisse bien s’implanter avant l’hiver et permettre une repousse au printemps. L’avantage de ses semis étant d’obtenir une fenêtre de travail plus longue qu’à la fin de l’automne en novembre. Selon Mme. Veilleux, les deux périodes de semis sont bonnes, mais exigent une organisation du travail différente.

Du côté de la fertilisation, Guillaume Potvin, agronome et producteur d’asclépiade à L’Isle-Verte, cite et résume le traité des asclépiades écrit par un botaniste français du 18e siècle. L’asclépiade pour être viable nécessite trois préalables : un sol riche, un bon contrôle des mauvaises herbes et une fertilisation adéquate. M. Potvin souligne que les besoins en fertilisation de l’asclépiade sont encore méconnus, mais qu’ils se situent entre ceux de l’avoine et du tabac.

Qui dit fleur, dit pollinisation. À ce sujet, M. Denis Gauthier, apiculteur de Mékinac s’est entretenu sur les possibilités de pollinisation de l’asclépiade et la production de miel. Toutefois, la pollinisation de l’asclépiade en est encore à ses débuts et les conclusions restent à venir. D’ailleurs, le Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD) prévoit faire une recherche sur la pollinisation de cette plante prochainement.

Un monarque en voie de disparition

Depuis novembre 2016, le papillon monarque est déclaré comme une espèce en voie de disparition au Canada. Julie Roy et Louise Hénault-Ethier de la Fondation David Suzuki ont présenté l’évolution de la situation du papillon en Amérique du Nord. Depuis 20 ans, la population du monarque est passée de près de 1 milliard à 60 millions. C’est une réduction de près de 90 %. Que vient faire l’asclépiade dans tout cela? Il s’agit en fait de l’alimentation principale de l’insecte. Or, au cours des 20 dernières années, la population d’asclépiade a également diminuée. C’est pourquoi la fondation s’est impliquée dans le développement de la culture d’asclépiade puisque cette plante est essentielle à la survie du monarque. Il faut comprendre que le papillon a besoin d’une réserve d’énergie importante puisqu’il migre du Québec au Mexique chaque année.

Une soie qui a du potentiel

Le soyer du Québec n’est pas uniquement intéressant pour le monarque, mais aussi pour l’industrie du textile. Arrivée à maturité, la plante produit un follicule qui renferme une soie digne des meilleurs duvets. François Simard, président des Industries Encore 3, s’y intéresse depuis 2011. M. Simard a fondé en 2009 l’entreprise Protect-Style qui se spécialise dans l’élaboration de procédé de transformation de la fibre naturelle.  Les débouchés sont nombreux : isolant thermique pour la confection de vêtement, isolant sonore et absorbant pétrolier. D’ailleurs, un partenariat a été fait avec l’entreprise Quartz Nature qui se spécialise dans la confection de manteaux à Saint-Hyacinthe. Des recherches sont également en cours pour utiliser cette fibre dans l’industrie automobile.

Une filière organisée

Même si la production d’asclépiade est encore jeune, elle n’en est pas moins bien organisée. Une coopérative a été créée en 2013 pour regrouper les producteurs. La Coopérative Monark offre à ses membres des contrats d’achat de 10 ha, de l’équipement et des conseils pour le développement de la culture. Par la suite, l’asclépiade est vendue à l’usine de transformation d’Encore3 située à Saint-Tite.

Le Québec compte près de 100 « soyerculteurs » prêts à relever les nombreux défis à venir. La culture de l’asclépiade présente des opportunités économiques et sociales apparentes. Il faudra rester à l’affut des prochaines années et suivre l’évolution de cette production prometteuse.

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