17
septembre
2015

Application de pesticides

Deux rapports récemment publiés par le MDDELCC illustrent bien le chemin qui reste à parcourir concernant la réduction de l’utilisation des pesticides. En voici les faits saillants :

  • Le milieu agricole représente 84 % des ventes totales de pesticides en 2012 (3, 7 millions de tonnes d’ingrédients actifs);
  • Ces ventes sont 10 % plus élevées qu’en 2010;
  • Les herbicides représentent 69% des ventes (les fongicides : 19,0%; les  insecticides: 8,0%);
  • À lui seul, le groupe chimique du glyphosate compte pour 46% des ventes totales de pesticides;
  • Entre 2006 et 2012, les quantités de matières actives utilisées sur un hectare de sol ont augmenté de près de 25%, passant de 2,76 kg/ha à 3,41 kg/ha;

Que le milieu agricole soit le plus grand acheteur de pesticides au Québec n’a rien d’anormal : bon an, mal an, les superficies ensemencées couvrent près de 2 millions d’hectares. Toutefois, la diminution du cheptel des ruminants provoque une diminution significative des superficies en foin.  Environ 60 % des superficies sont aujourd’hui occupées par les grandes cultures, beaucoup plus exigeantes côté désherbage.  Il y peu, c’était l’inverse. De même, le recours massif aux maïs, soya et canola transgéniques explique la dominance totale du glyphosate. Comme il s’agit de tendances bien installées, tous les indicateurs sont à la hausse.

Une problématique connue

Depuis 1992, des rivières en milieu agricole sont échantillonnées afin d’y mesurer  la fréquence de détection de plusieurs pesticides.  Dans quatre de ces rivières, la fréquence de détection est près de 100% pour plusieurs  herbicides (Dual, Atrazine, Pursuit…) et, pas de surprise, le Glyphosate.  Parmi les 27 rivières échantillonnées, les six rivières les moins affectées comptent entre 4 et 10 pesticides, huit en comptent plus de 14 et les treize autres en comptent entre 20 et 33.

Malgré l’objectif de réduction de 25 % que s’est donné le gouvernement avec la stratégie phytosanitaire 2011-2021,  les risques liés à l’usage des pesticides ne diminuent pas, au contraire, on constate plutôt :

    • l’omniprésence des herbicides associés aux cultures de maïs et de soya et
    • une présence généralisée des insecticides de la famille des néonicotinoïdes enrobant les semences traitées.

Des alternatives?

img_contentLes pesticides, ne l’oublions pas, sont des outils de production légaux, réglementés, encore utilisés presque partout dans le monde. Ce n’est pas de gaieté de cœur que les producteurs ont recours à ces produits coûteux et dangereux : le désherbage est un incontournable. En production biologique, c’est le plus grand défi, loin devant la fertilisation des sols ou les soins vétérinaires. Des moyens de remplacement pour la lutte aux ennemis des cultures existent, mais il y a encore beaucoup à faire : recherche appliquée,  assistance technique, protocole de dépistage, accompagnement… Au lieu de cela, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec sabre dans le financement collectif des clubs-conseils en agroenvironnement, diminue les sommes allouées au programme Prime-Vert et sous-finance la recherche d’alternatives. Chercher l’erreur…

Par ailleurs, les dégâts causés aux abeilles ont provoqué une large mobilisation, à raison, contre l’usage des néonicotinoïdes. Les traitements de semences ont fait l’objet d’un moratoire dans certains pays européens (France, l’Allemagne, Italie). Plus près de nous, notre voisin ontarien a modifié sa règlementation afin de réduire de 80 pour cent, d’ici 2017, le nombre d’hectares de maïs et de soja traités aux néonicotinoïdes. De la règlementation pour régler un tel problème…

Le grand défi agroenvironnemental de l’actuelle décennie : réduire la pollution diffuse des cours d’eau, difficile à circonscrire parce qu’elle est liée à une multitude de sources. Seule l’implication des producteurs dans une approche collective parviendra à améliorer la situation. Impliqués dans des démarches collées aux réalités terrain et accompagnés adéquatement, les producteurs et productrices ont toujours été les premiers à adopter massivement de nouvelles approches, ont toujours été des acteurs de changement dans l’accomplissement d’une grande mission : nourrir le monde.

Pour cela, il faut se donner collectivement les moyens d’y arriver.

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