C’est par hasard que je suis tombée sur une vidéo d’Élizabeth Lamy sur TikTok. Elle dansait dans la laiterie, la musique à fond. Je l’ai trouvée rafraîchissante et drôle. Ça m’a donné envie de la connaître.
À 25 ans, Élizabeth prend tranquillement sa place à la Ferme François Lamy, de Saint-Sévère, une entreprise laitière de cinquième génération. Aux côtés de son père, avec qui elle entretient une grande complicité, elle met aujourd’hui ses connaissances en santé animale au service du troupeau, des veaux, de la reproduction et de la régie quotidienne.
Quand on lui demande depuis quand elle travaille à la ferme, la réponse vient presque d’elle-même : depuis toujours. Après avoir terminé ses études, elle est revenue à temps plein dans l’entreprise. Sa famille n’a pas été surprise : en réalité, elle n’avait jamais vraiment quitté l’étable.

La famille occupe une place importante dans l’organisation de l’entreprise. Dans cette fratrie de trois filles, Élizabeth est celle qui a choisi la ferme. Le train se fait plus tard que dans bien des entreprises laitières, un choix que son père avait fait pour préserver les moments en famille. Encore aujourd’hui, malgré le rythme de la ferme, les repas partagés demeurent des moments précieux.
Chez les Lamy, l’implication semble se transmettre naturellement. Sa mère, Jacinthe Noël, est toujours prête à donner un coup de main à la ferme, tout en étant mairesse de la municipalité de Saint-Sévère. Élizabeth s’est aussi impliquée très tôt, notamment auprès de la relève agricole et des jeunes ruraux.
Elle a longtemps participé aux expositions agricoles. Comme le troupeau familial est fermé, elle y allait en aidant les éleveurs du coin. C’est là qu’elle a développé un réseau et un fort sentiment d’entraide.
Une relève bien entourée
Dans son parcours, Andréanne Dupont a aussi joué un rôle marquant. Très impliquée dans le monde agricole, Andréanne considère Élizabeth comme sa petite sœur de cœur. À 15 ans, Élizabeth participait déjà aux activités de la Relève agricole de la Mauricie. Andréanne lui répétait qu’elle deviendrait membre à 16 ans. Le jour même de son anniversaire, elle lui a envoyé le formulaire. Un geste simple, mais révélateur de cette façon qu’a le milieu agricole d’ouvrir la porte aux plus jeunes.
Déjà à 10 ans, elle courait dans les champs, en cachette, pour rejoindre les vaches sur le point de vêler. Malgré l’interdiction de son père, elle ne pouvait s’en empêcher. Avec le temps, elle a appris qu’il la voyait courir par les fenêtres. Il avait certainement déjà compris qu’on ne peut pas empêcher un cœur d’aimer.
Son plus beau souvenir à la ferme? Sa première génisse, Bella. Élizabeth avait 12 ans lorsque Bella a vêlé pour la première fois. Un moment marquant, qui a confirmé quelque chose qui était déjà bien présent : son amour pour les bêtes.
Ses vaches, elle les connaît par cœur. Une vache malade, une qui mange moins ou qui change légèrement de comportement : rien ne lui échappe.
« Les vaches sont presque comme mes enfants! En plus, j’ai les connaissances, pis j’ai vraiment l’œil. »
Le troupeau, principalement composé de Holsteins, compte 40 vaches en lactation et quelques Jerseys. Élizabeth aimerait en augmenter le nombre au fil des années. Comme la ferme est en troupeau fermé, la transition se fera au fil des croisements et des choix génétiques. Pour elle, la génétique est l’un des aspects du métier qui la passionne le plus.
À 4 pieds 11 ½ pouces — elle le précise en riant — Élizabeth ne correspond peut-être pas à l’image qu’on se fait parfois du travail physique en agriculture. Pourtant, elle n’a jamais vu sa taille comme une raison de reculer. Elle a simplement appris à regarder son environnement autrement et à l’adapter selon sa réalité. Élever davantage de Jerseys, plus petites et plus faciles à manier, s’inscrit dans cette vision.
Derrière l’humour, il y a aussi une jeune femme très consciente de la réalité de son métier. Quand il faut prendre une décision plus lourde, Élizabeth se raccroche à une chose : avoir tout essayé. Pour elle, une règle demeure essentielle : ne jamais laisser un animal souffrir.
« Le confort de l’animal, c’est ce qui est le plus important. »
Dans cinq ans, Élizabeth imagine plus de Jerseys dans le troupeau, peut-être un agrandissement, peut-être des robots, mais pas une ferme démesurée. Elle aime la taille actuelle du troupeau et ne se voit pas à la tête d’une entreprise de 100 vaches. Son avenir, elle le voit dans une ferme qui continue d’évoluer, mais qui reste fidèle à ce qu’elle aime : les animaux, la famille et le travail bien fait.

À l’ère des médias sociaux...
Bien de son temps, Élizabeth anime un compte TikTok qui rassemble maintenant près de 15 000 abonnés. Elle y partage des moments drôles, des vidéos spontanées et quelques explications sur le quotidien laitier. Sans prétention, une communauté s’est créée autour de sa personnalité flyée et authentique.
Pour s’abonner à sa chaine TikTok : elizabethlamy14